Les meilleurs gérants face à la crise des marchés - Episode 3

le 06 mai 2009 16:46

DANS : Placements et Marchés Financiers, Actualités du Cabinet

Les recettes des meilleurs gérants de fonds face à la crise :

Dernière interview de notre dossier sur les meilleurs gérants de fonds face à la crise, avec l’interview d’Eric LE COZ, membre du Comité d’investissement de la célèbre société de gestion Carmignac.

 

1 – Pouvez vous présenter en quelques mots votre société et votre style de gestion ?

Carmignac Gestion se distingue par un style de gestion original : une gestion active, internationale, non benchmarkée, opportuniste fondée sur les convictions les plus fortes des gérants. Cette stratégie vise à atteindre un objectif de rendement absolu.

  • Une gestion active qui cherche à anticiper les  tendances de marché plutôt que de les subir et qui n’hésite pas à protéger les portefeuilles en cas d’anticipation de baisse de marché ;
  • Une gestion de conviction non benchmarkée  qui procède à des choix de gestion en fonction des convictions émises par les gérants et non en fonction de la composition des indices de marché ;
  • Une gestion opportuniste qui ne se limite pas à un style particulier : ni « growth » ni « value » mais qui vise à choisir les types d’actifs, les zones d’investissements, les secteurs, les valeurs qui semblent, dans chaque situation, les plus porteurs et les plus adéquats ;
  • Une gestion très internationale capable de saisir les opportunités d’investissement l où elles se trouvent sur les places financières du monde entier ;
  • Une gestion orientée vers la recherche de la performance absolue afin de s’adapter à toutes les configurations de marché.

 

2 – Pouvez-vous nous présenter la stratégie des fonds Carmignac Investissement et Carmignac Patrimoine ?

D’une manière générale, nous avons massivement réexposé les portefeuilles aux actions depuis la mi-mars, afin de profiter du rebond des marchés.

Sur la poche obligataire de Carmignac Patrimoine, nous avons réduit notre exposition au segment des emprunts d’Etat à 2 ans, dont le potentiel s’épuise progressivement. Nous avons en revanche constitué des positions sur les obligations américaines indexées sur l’inflation. Le poste emprunt privé a été renforcé, en particulier à travers de la dette corporate américaine et des emprunts bancaires décotés.

Carmignac Investissement a renforcé ses positions sur le thème de l’amélioration du niveau de vie dans les marchés émergents et son corolaire que sont les ressources naturelles. Nous avons également investis les liquidités présentes dans le portefeuille (9,3%) dans un panier de banques américaines de bonne qualité afin de capter le rebond du secteur. Pour autant, Carmignac Investissement conserve près de 40% dans les actifs « anti-crise » que son les valeurs défensives et aurifères.

 

3 – Comment voyez-vous les perspectives des marchés actions pour 2009 ?

Il est important de souligner que nous ne tablons pas encore sur une reprise durable des marchés. Nous sommes revenus à l’achat le 9 mars pour profiter d’un rebond des marchés actions qui pourrait se maintenir dans les mois à venir, mais nous ne sommes pas en mesure de valider dès à présent l’idée d’un retournement définitif de la tendance. Ceci étant, les volumes de transactions actuels restent encore faible, signe que les grandes gestions ont peut-être raté le premier train de hausse. Celles-ci pourraient se manifester et soutenir ce mouvement dans des volumes plus importants.

 

4 – Est il opportun de revenir sur le marché actions étant donné leur faible niveau de valorisation ?

Nous sommes revenus à l’achat sur les actions le 9 mars dernier, date du point bas des marchés. Fin-février/début mars nous avons constatés que les indicateurs avancés des marchés américains étaient systématiquement meilleurs qu’attendus. Le contexte était à la capitulation du marché, tandis que les valeurs bancaires étaient massacrées.

 

5 – Estimez vous qu’il faut retourner sur les small caps, ou privilégier les large caps ?

En Europe, le rebond des small caps a été massif et les valorisations atteintes commencent à être étirées. Aux Etats-Unis, il est vrai que l’on constate une sous-performance récente des petites capitalisations. Mais le manque de dynamique sur les perspectives domestiques nous incite à rester positionner plutôt sur les grandes capitalisations. Dans les pays émergents, les petites capitalisations ont été massacrées au cours du troisième trimestre 2008, tant en raison de leur appartenance à l’univers émergents qu’ cause de leur moindre liquidité. Le potentiel de rebond est donc très important, comme en témoigne la très bonne performance de Carmignac Emerging Discovery, en hausse de 27% depuis le début de l’année (au 22/04/09).

 

6 – Sur un plan géographique, y a t’il des zones que vous privilégiez ?

Les bouleversements provoqués par la crise sont profonds et nombreux mais la conclusion la plus évidente à tirer pour l’investisseur est qu’elle constitue un facteur d’accélération du rééquilibrage économique globale en faveur des pays émergents. Parmi ceux-ci, nous privilégions les poids lourds que sont la Chine, le brésil et l’Inde. Dans les pays développés, les entreprises américaines devraient bénéficier d’un retour plus rapide à la profitabilité : elles sont en avance dans leur cycle d’ajustement (emploi, salaires et investissement ont fortement chuté), tandis que leur niveau d’endettement est moins élevé. La dette des entreprises américaines rapportée au Pib est de 50% contre 120% à 130% dans les principaux pays européens.

 

7 – Comment gérez vous la volatilité actuelle des marchés ?

Notre gestion bénéficie d’une stratégie active de couverture mise en œuvre par Frédéric Leroux et qui constitue un gage de notre flexibilité. Elle nous permet, dans des délais extrêmement rapides, de faire varier notre exposition nette aux marchés d’actions. Au cours du quatrième trimestre 2008, la réduction de celle-ci nous a permis d’amortir la violente baisse des marchés. A la mi-mars, nous avons au contraire pu nous réindexer massivement et capter le rebond. Nous disposons donc, dans le contexte actuel, de la capacité à adapter notre exposition aux conditions de marché.

 

8 – Comment expliquez vous vos bonnes performances relatives sur des marchés en crise ?

La qualité de notre gestion repose sur une équipe de gérants soudés, responsables et autonomes. Cette gestion de conviction nous permet d’être très réactifs dans les phases difficiles et d’adapter les portefeuilles dans des délais très courts. Cette autonomie se double également d’une véritable culture du travail en équipe. Edouard Carmignac, qui est lui-même gérant, préside tous les matins un comité de gestion où sont présents l’ensemble des gérants. C’est cette osmose, ce partage des idées, qui fait toute la pertinence de notre process de gestion.

 

Interview réalisée par Guy Roos

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