Blog édité par ICF, cabinet de conseil en gestion de patrimoine
le 17 novembre 2008 15:08
DANS :Placements et Marchés Financiers
Les mois de septembre et d’octobre 2008 resteront sans aucun doute gravés dans l’histoire des marchés financiers. Depuis la chute de la banque Lehman Brothers le 15 septembre, l’intensité de la crise financière a dramatiquement augmenté. Alors que le marché du crédit était déj déficient, la faillite d’un grand établissement et les pertes collatérales subies ont intensifié la crise de confiance du système financier. Laisser mourir Lehman Brothers a certainement constitué une erreur majeure dans la gestion de cette crise. La boite de Pandore était ouverte, le jeu de dominos s’est enclenché avec les chutes d’AIG, de Washington Mutual, de Merrill Lynch, avant que la crise financière ne se déplace en Europe. L , les premières difficultés de certaines banques européennes ont créé un mouvement de panique sur les marchés financiers, mouvement qui a contraint les gouvernements européens à intervenir massivement pour éviter une faillite du système financier dans son ensemble.
Après le cyclone que nous venons de vivre, nous ne pouvons désormais que constater les dégâts avant de reconstruire.
En dépit des injections massives de liquidités des différentes banques centrales, le crédit demeure rare et cher. Les banques rechignent encore à prêter, que ce soit aux entreprises, aux consommateurs ou aux autres banques. Les prêts étant l’un des principaux moteurs de la croissance économique, les Etats ont multiplié les efforts pour stimuler les marchés de crédit, mais sans grand résultat pour l’instant. Si ce blocage persiste, on peut s’attendre à un ralentissement de l’activité économique plus marqué encore qu’on ne le prévoit actuellement.
Si l’effondrement du système financier nous semble évité, la crise financière est loin d’être terminée : la restructuration du secteur bancaire va se poursuivre, et la confiance est un bien long à construire et encore plus difficile à restaurer. Dans un contexte de volatilité extrême, les acteurs financiers ont besoin de repères : l’économie réelle revient sur le devant de la scène et elle devrait le rester à moyen terme (immobilier, ampleur du retournement sur le marché du travail, résistance de la consommation…).
La crise économique qui s’installe sera très certainement longue et douloureuse. Tentons d’en estimer l’impact sur les marchés financiers.
Il est toujours instructif de se reporter aux leçons du passé pour en tirer des enseignements pour l’avenir. A ce titre, comment se positionne la crise que nous vivons par rapport à ses devancières ?
Ainsi que l’illustre le graphique, depuis la fin du 19ème siècle, les marchés financiers ont connu vingt crises boursières impliquant des baisses de marché supérieures à 15%. Sur ces vingt krachs, seuls sept ont connu une baisse supérieure à 40% et seulement trois supérieures à 50% :
D’autres analyses statistiques des crises nous ont apporté les enseignements suivants :
Nous sommes donc en présence d’une des plus graves crises de notre histoire, non seulement par l’ampleur de la chute des marchés, mais aussi par sa durée, le mouvement baissier ayant débuté en août 2007.

Avec un CAC à 3000 points, les niveaux de PER (Price Earning Ratio, correspondant au cours de l’action divisé par le bénéfice par action, permettant de valoriser les entreprises) atteints par les entreprises du CAC 40 fin octobre ont touché des valorisations historiquement basses. En considérant un PER moyen sur les dix dernières années autour de 15, avec des pointes supérieures à 25, nous avons désormais atteint un point bas avec des PER de 8 !
Certes, ces PER sont calculés à partir des résultats connus en 2008 pour les entreprises, et n’intègrent donc pas les attentes de révisions à la baisse de ces résultats, révisions qui viendront mathématiquement corriger les niveaux de PER. Cependant, même si l’on intègre une révision à la baisse de 40 % des bénéfices à venir des entreprises, nous restons sur des niveaux de PER très inférieurs à la moyenne.
Peut on déduire de ces statistiques mathématiques et historiques que le pire est désormais derrière nous ?
Loin de moi la prétention de délivrer un quelconque pronostic sur la durée restante et le moment du retournement. Mon sentiment est que la crise économique va désormais reprendre le dessus sur la crise financière, et que le marché n’a pas complètement appréhendé l’ampleur de la crise économique qui nous attend. Par conséquent, la volatilité va rester de mise sur les marchés, avec des rebonds techniques et des risques de rechutes violentes.
Pourtant, à la lecture des indicateurs précédents, on peut très certainement estimer que lorsque l’on atteint les niveaux extrêmes de fin octobre, les marchés recèlent alors d’importantes opportunités. En effet, les valorisations de marchés finissent toujours par tendre vers leur moyenne.
En dernier lieu, il n’est pas inutile de rappeler que toutes les crises, même les plus graves, ont une fin. En la matière, la patience est certainement la meilleure des conseillères. Par contre, rappelons-nous que les marchés anticipent toujours de quelques mois la fin d’une crise économique. A nous d’en tirer le meilleur parti.
Guy Roos
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